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Atelier„éthique et économie“

Durant une période par semaine, l’enseignant de philosophie est accompagné d’un enseignant d’économie et de droit. Particularité des gymnases biennois, ce concept d’enseignement en interdisciplinarité propose donc des leçons en duo où tour à tour interviennent, dispensent un savoir et débattent l’enseignant de philosophie et l’enseignant d’économie et de droit.

Mais qui de l’économiste décrypte la philosophie, du philosophe déchiffre l’économie ? Chacun gardera en tête cette question tout au long du chemin et des détours de cette année scolaire particulière. Partant de cette maxime, "les besoins de l’homme sont illimités", on s’adonnera dès les premières leçons à une sorte de considération épistémologique de la science économique. La notion de "besoin" renvoie énigmatiquement à la question du "bien"…

N’est-ce pas déjà le talent de Socrate, enseignant contre la méthode utilitariste, relativiste et rhétoricienne des sophistes, que de s’interroger sur le bien-fondé d’une telle maxime? N’est-ce pas aussi à cet instant la naissance de la philosophie morale ? Et puis… Épicure était-il aussi bon-vivant qu’on le prétend communément, aurait-il eu quelque tendance consumériste aussi ?

Par autant de détours, visitant le don et le contre-don de Marcel Mauss, la notion de "distinction" selon Bourdieu, l’opposition moderne en morale entre déontologie et utilitarisme, le concept d’ "aliénation" chez Marx , "l’utile" du monde de Huxley, les paradoxes de Simmel… l’élève chemine à travers la culture et l’histoire des idées. Cette progression ne se fait pas sans guide, mais dans un prolongement à l’aune d’un contexte d’existence propre à l’élève, sans pour autant entraver un point de vue subjectif sur un monde qui est le sien.

"Les besoins sont illimités" et, sous ce prétexte, l’adolescent se voit confronté à des milliers de messages publicitaires. Chaque jour, ne se voit-il pas forcé de vivre une vie de consommateur ? L’atelier philosophique que nous mènerons visera à questionner ces habitudes dans le cadre privilégié de la classe. L’acte de consommer est-il un acte libre ? Devient-on alienatus, est-on rendu autre, changé par l’impact du marketing? Et à qui profiterait de cette aliénation ? Celle-ci est-elle par ailleurs totale ?

Beaucoup de questions jalonnent notre parcours ; beaucoup de références aux idées également, réponses empruntées aux penseurs du présent, du passé. Avec l’espoir de se trouver face, en fin d’année et d’atelier, à des consommateurs "avertis".

Tristan Donzé, enseignant de philosophie