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« Je suis, donc je pense »

Bienne, le 13 novembre 2007. Le thème des 4e Journées philosophiques de Bienne, « J’achète, donc je suis », a attiré durant 3 jours quelque 450 personnes, qui ont débattu de questions de consommation, au cours d’ateliers philosophiques non-conventionnels et à l’issue de manifestations artistiques organisées.

Des frustrations qu’elle génère au plaisir qu’elle engendre, la question de la consommation a été explorée d’un point de vue à la fois philosophique et économique. Une dizaine de manifestations proposaient de s’interroger sur l’infantilisation fréquente du consommateur et de la manipulation, visuelle notamment.

Vendredi soir, les Journées ont réuni les différents intervenants et sponsors, tels la Chambre de commerce et de l’industrie, le syndicat Unia et la municipalité biennoise, dans un lieu symbolique s’il en est, le hall à bancomats de l’UBS. Après le récit pénétrant de la légende du Roi Midas, condamné à transformer en or tout ce qu’il touche, et un exposé du philosophe français Gilles Lipovetsky sur l’hyperconsommation, deux débats publics ont eu lieu, enregistrés respectivement par Espace 2 et la DRS. Soucieux de respecter le bilinguisme biennois, « J’achète, donc je suis » a choisi de donner la parole à des intervenants francophones et germanophones : l’accueil du pu-blic lui a donné raison.

Samedi matin, six philosophes ont présenté brièvement leur propos au Théâtre municipal. Christian Arnsperger a mis en question l’autonomie et l’impuissance possible du consommateur tandis que Gilles Lipovetsky rappelait que la position de l’acheteur navigue entre dépendance et liberté. Wolfgang Fritz Haug et Oskar Negt ont esquis-sé un portrait critique de l’« économisation » du monde. Annegret Stopczyk, philosophe du corps, s’est penchée sur l’aspect émancipateur de la consommation bien utilisée, alors que le philosophe pragmatique Gerd Achen-bach comparait le vertige économique au pacte conclu, chez Goethe, avec le Diable.

Les manifestations culturelles qui rythmaient les Journées philosophiques de Bienne ont permis une approche moins analytique de la thématique. La pièce « Torschusspanik » a créé le débat autour de l’aspect économique de la procréation dans le monde occidental. Le rôle pernicieux et trompeur de la publicité était au coeur du film « Le rêve tchèque », une question que l’atelier « La fièvre acheteuse » allait reprendre le dimanche, usant d’un lan-gage visuel, littéraire et musical. Les discussions se sont poursuivies tard dans la nuit de samedi sous les notes du jeune groupe biennois « Lazen ». Les 4e Journées philosophiques de Bienne se sont achevées dimanche par la pièce « Sterntaler », écrite par le compositeur biennois Urs Peter Schneider, et sous le regard de l’écrivaine Anne Weber, soulignant l’importance de la démarche philosophique par un malicieux « Je suis, donc je pense ».

Les Journées philosophiques de Bienne ont lieu tous les deux ans depuis 2001, en deux langues. Elles s’adossent à un réseau fourni d’organisations nationales. Organisées par l’association des Journées philosophiques, elles sont placées sous le patronat de l’Académie suisse des sciences sociales et humaines.

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