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La philosophie implicite de l’économie.

Comme l’écrit B. Maris, la raison économique des penseurs néo-libéraux « peut être vue comme un absolu : rien de réel qui ne soit rationnel ou plutôt rien de social qui ne soit rationalisable ».

Thèse hégélienne (ou néo-hégélienne) : le réel est rationnel et le rationnel est réel. Et si cette « raison » n’était en fait pas aussi rationnelle que cela? Si les libéraux, qui théorisent un homo economicus rationnel, avaient tort ? Si les comportements économiques étaient bien plus soumis à l’instinct que les Friedman ou autre Lucas ne le pensent? L’économiste, alors, ne pourrait faire de la science qu’après coup, une fois l’action (souvent irrationnelle) accomplie.
Le penseur libéral suppose également que chacun d’entre nous forme un individu autonome dans ses choix, et dans ses désirs : un calculateur maximisant sa fonction d’utilité.

Mais sommes-nous tellement au fait de ce que nous souhaitons? La psychologie, par exemple, ne nous fait-elle pas fait douter de la clarté de nos intentions, et du caractère individuel de nos choix ? En un mot, sommes-nous toujours au clair sur les raisons qui nous font désirer tel objet plutôt que tel autre? Rien n’est moins sûr.

Doit-on douter, en conséquence, de la rationalité du marché laissé à la libre concurrence? L’homo economicus n’est-il en réalité qu’un obsédé du travail et un hystérique de la consommation ? Un être qui, bien souvent, refuse de vivre ici et maintenant au profit d’une jouissance indéfiniment reportée ?

La théorie économique néo-libérale semble ainsi postuler un nombre de faits anthropologiques discutables ; il conviendra d’en débattre ouvertement, dans une démarche critique. Le public biennois bénéficiera à cet égard de la présence de trois experts de ces questions : J.-P. Béguelin, banquier, G. Lipovetsky, philosophe, et A. Burgenmeyer, économiste.

Un débat qui, nous l’espérons, permettra de ne pas faire l’impasse sur certains faits sociaux (et moraux) qui sous-tendent le profil lisse et faussement rassurant de l’homme rationnel que nous sommes censés être à l’ère de la « mondialisation heureuse ».

D. Bourquin