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Quitter, aller, demeurer, rencontrer : mouvements et ancrages dans l’espace existentiel

Mireille Lévy

Quand on s’interroge à propos de sa demeure, faut-il vraiment passer par la philosophie ? Ne serait-il pas plus approprié de créer une équipe interdisciplinaire où architectes, urbanistes, psychologues et sociologues mettraient en commun leurs savoirs, en y intégrant les avis dûment récoltés des usagers ?

Le rôle de la philosophie est de nous rendre attentifs à certains présupposés, ou à nous contraindre à nous interroger sur la pertinence des termes que nous employons quand nous décrivons la relation de l’homme à la vie ou au monde, ou quand nous transférons certaines notions d’une discipline à une autre. C’est du moins ce qu’ont proposé certains philosophes de Socrate à Husserl : humblement clarifier, distinguer ce que l’on sait de ce que ne sait pas, afin de porter plus authentiquement la tâche d’exister.

Il semble aller de soi que la relation à l’espace peut être décrite comme la relation à un milieu, une sorte de contenant, dont les propriétés (dimensions, couleur, uniformité, luminosité, etc.) seraient plus ou moins favorables à notre équilibre ; ou cela peut paraître très rigoureux de se référer à l’éthologie et d’enquêter sur les conduites d’occupation et de défense du territoire. Mais la philosophie permet de questionner la notion de présence au monde et par cela de comprendre que l’espace vécu n’est ni réductible à un contenant, ni à un territoire. Etre de quelque part, être ancré dans un ici qui prend sens, nécessite le courage d’admettre qu’au cœur de l’existence se trouve l’interrogation, le mouvement vers un soi-même qui n’existe que dans la mesure où je le fais advenir en m’engageant en première personne dans mes interactions avec la vie, les autres, en m’élançant vers l’inconnu.