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Hauteur de(s) vue(s) et salles combles

Les 9èmes journées philosophiques de Bienne se sont achevées sur un dernier point d’orgue ce matin même au centre Farel. Au cours d’une d’improvisation d’une incroyable originalité, le percussionniste Julian Sartorius a donné corps à ce que Hartmut Rosa a évoqué la veille dans un théâtre rempli pour l’occasion, nommément : l’urgence pour nous autres de nous laisser réenchanter par la singularité du monde !

Pour cette neuvième édition des journées philosophiques de Bienne, ce ne sont pas moins de dix manifestations différentes qui ont été mises sur pied. Le thème « qui est nous » a valu sa plus forte fréquentation jamais atteinte par cette manifestation unique en son genre en Suisse. Que ce soit à l’occasion du Slam philosophique, de la projection d’un film, des conférences et ateliers, ou encore d’un concert pulvérisant toute frontière, partout où ce thème brûlant fut abordé, on fit salle comble.

La question du « nous », du processus de l’identification a ainsi éveillé de vives émotions qui ont parcouru la verve des philosophes-slammeurs du jeudi, le visionnement du film « un juif pour l’exemple » et la discussion qui s’en est suivie avec son réalisateur Jacob Berger, les conférences de Renz, Renaut et Chartron et Rosa et les ateliers, jusqu’à ce concert de ce Julian Sartorius qui bouscule toutes nos routines.

Quels enseignements avons-nous pu tirer de la question « qui est nous ? » ? À première vue, être dans le monde avec une identité exige du moi un rapport à lui-même d’autodétermination… Mais alors, en tel cas, celui qui est objet de cette opération de détermination est lui-même aliéné. Cela porte à croire que l’identité ne peut se passer d’un engagement pris sur une définition de soi au sens classificatoire (Renz). Notre relation au « nous » peut être comprise en nous demandant « qu’est-ce que l’humain en l’homme », ce à quoi l’on peut répondre à trois étages différents : réaffirmer l’universalité de l’humanité dans sa plus grande extension (l’ « homme » des droits de l’homme, des lumières) ; insister sur l’humanité comme possibilité de différenciation (égalité dans la différence) ; ou encore reconnaître la fragilité comme constitutive de notre humanité (comme possibilité permanente du basculement dans l’inhumanité) (Renaut). Pour conclure, Hartmut Rosa plaide pour un rapport au monde fondé sur la résonance, l’affinité, l’émotion, la transformation et l’inaccessibilité, au sein de laquelle la notion pourtant incontournable de « Heimat » doit rester ouverte à l’étrange et à l’imprévu.

Dans l’ensemble, ce ne sont pas moins de 400 personnes qui ont fréquenté ces manifestations sur ces quatre journées. Ce résultat réjouissant est aussi le fait de partenariats tissés avec la télévision suisse, le Filmpodium, la paroisse de l’église réformée évangélique de Bienne, le théâtre-orchestre Bienne-Soleure. Les institutions culturelles à Bienne sont ainsi des lieux incontournables de résonance avec le monde.

 

 

Reportage et vidéos sur le 2e Philo-Slam bilingue (en allemand)